Ingeborg Kraus est psychologue clinicienne, lesbienne, de nationalité allemande et croate. Elle a une formation supplémentaire en thérapie des traumatismes psychiques et est membre de l’association des thérapeutes LGBT en Allemagne. Depuis 2012, elle a ouvert son propre cabinet de consultation psychologique à Karlsruhe en Allemagne.
Les théories psychiatriques et psychanalytiques ont pathologisé pendant longtemps l’homosexualité.
N’existe-t-il pas une relation entre les discriminations quotidiennes que subissent les homosexuelles et la santé mentale ?
Jusqu'au 19ème siècle, c'est l'Église qui a persécuté le “sodomite”, qui était alors considéré comme un criminel devant Dieu qui “méritait la mort”. C'est ensuite la médecine et la psychiatrie qui définissent l'homosexuel en tant que “pervers malade” qui doit être soigné. Les théories psychiatriques et psychanalytiques ont pathologisé pendant longtemps l'homosexualité. Ce n'est qu'en 1991 (ICD10) que l'homosexualité n'est plus considérée comme une maladie mentale! Mais qu'en est-il aujourd'hui du rapport du psychologue, du psychiatre vis-à-vis des lesbiennes? Avons-nous réellement dépassé la pathologisation de l'homosexualité en thérapie? Sommes-nous considérées “comme tous-toutes les autres”? “Sommes-nous comme “tous-toutes les autres”? Dans mon expérience personnelle (8 ans d'expérience en temps que psychologue dans des cliniques en Allemagne) j'ai rencontré un milieu extrêmement conservateur. L'homosexualité était tabouisé, autant chez les patients/patientes que chez les professionnel-le-s. Ce n'était pas un milieu ouvert, ni pour les uns ni pour les autres qui encouragerait un coming-out. Souvent, j'entendais des remarques de collègues comme : “Ce n'est plus comme avant, aujourd'hui l'homosexualité, ce n'est plus un problème…”. Ces remarques me fâchaient souvent! Est-ce que ce n'est vraiment plus un problème? Avons-nous vraiment dépassé l'homophobie? Et n'existe-t-il pas une relation entre les discriminations quotidiennes que subissent les homosexuel-les et la santé psychique?
1. Dans un premier temps j'aimerais faire un petit parcours historique à travers les théories farfelues psychiatriques et psychanalytiques qui ont dominé et pathologisé l'homosexualité jusque dans les années 1990! (…et encore aujourd'hui!)
2. Ensuite j'aimerais considérer la réalité quotidienne des lesbiennes. Quelles sont les discriminations auxquelles sont confrontées au quotidien les femmes homosexuelles? Homophobie, ordre hétérosexiste, homophobie internalisée, le coming-out, les diverses formes de discriminations (au travail, en famille,..), les multiples violences anti-homosexuelles (violence physique, violence psychique, violence juridique), la peur d'être rejetée, le désir d'enfant, le milieu LGB lui-même, etc.
3. Dans un troisième temps je me pose la question si tous ces stress spécifiques peuvent-ils avoir une influence nocive sur la santé mentale. Que disent les statistiques? Quels sont les risques? Comment se manifestent-ils?
4. Enfin, je parlerai des nouvelles directives pour psychologues dans les thérapies avec LGB qui présuppose une connaissance fondée du monde LGB : “Guidelines for Psychotherapy with Lesbians, Gay and Bisexual Clients” from “American Psychological Association”; ou encore “Gay affirmative psychotherapy”.
5. Finalement je parlerai du côté positif d'être une femme gay. Il est important de percevoir soi-même l'homosexualité comme une qualité, une ressource, une force! “I'm proud to be gay!”
Quelques mots sur ma personne:
Je suis psychologue clinicienne, lesbienne et de nationalité allemande et croate. Après avoir fait mon bac français chez les FFA à Baden-Baden en Allemagne, j'ai fait des études de psycho à Strasbourg. Après le DEA, j'ai continué avec un doctorat que j'ai obtenu sous la direction de Madame Tabouret-Keller en 2000 avec mention très honorable. Après 7 ans de travail dans l'humanitaire en Bosnie et au Kosovo, je suis revenue en Allemagne en 2003 et j'ai commencé à travailler en tant que psychologue clinicienne dans différentes cliniques en Allemagne. Parallèlement, j'ai fait une formation en psychologie comportementaliste et j'ai reçu en 2011 l'approbation de l'État Allemand en tant que "Psychologische Psychotherapeutin“. D'autre part, j'ai une formation supplémentaire en thérapie des traumatismes psychiques et je suis membre de l'association des thérapeutes LGB en Allemagne. Depuis 2012, j'ai ouvert mon propre cabinet de consultation psychologique en Allemagne (à Karlsruhe).